Le taux directeur de la Banque du Canada est à 2,25 % et sa prochaine décision est le 28 octobre. Depuis l’IPC du 19 octobre, plusieurs signaux (énergie, attentes d’inflation, marchés) poussent la Banque à s’engager vers le chemin de la hausse (0,25 point), sans y être encore rendue. Rien n’est décidé : l’inflation de base recule et l’emploi s’affaiblit, ce qui rend ce chemin plus cahoteux.
Que va décider la Banque du Canada le 28 octobre ?
Le taux directeur est à 2,25 %, maintenu depuis huit rencontres. Au début de la rédaction de cet article, nous nous dirigions vers un statu quo : les économistes cités par les médias spécialisés le jugeaient probable, et un sondage récent de Bloomberg allait dans le même sens.
Puis la route a changé de visage. Le 19 octobre, Statistique Canada a dévoilé l’IPC de septembre (notre Info Express en parle), et c’est ce jour-là que les lectures ont commencé à changer. L’inflation globale est repartie à la hausse sous l’effet de l’essence, plusieurs économistes ont revu leur prévision vers une hausse à 2,50 %, et les marchés ont suivi. La décision du 28 octobre sera accompagnée du Rapport sur la politique monétaire.
Il s’agit de ce que les marchés anticipent, pas d’une annonce de la Banque.
La hausse prend davantage de place parmi les scénarios à considérer. Pour un achat, un renouvellement ou un refinancement multilogement, cela soulève une question concrète : le financement prévu tient-il encore si le coût de l’emprunt augmente ?
Ce qui pousse la Banque du Canada vers une hausse de taux
En septembre, l’inflation annuelle a atteint 3,1 %, contre 3,0 % en août. Le prix de l’essence, en hausse de 27,8 % sur un an, explique une grande partie de cette accélération.
Une hausse du taux directeur ne fera pas baisser le prix du pétrole. La Banque doit plutôt évaluer si cette pression risque de se transmettre durablement aux autres prix.
C’est ici que les dernières enquêtes prennent de l’importance. Les attentes d’inflation à long terme des consommateurs ont augmenté pour rejoindre leurs attentes déjà élevées à court terme. Si les ménages et les entreprises finissent par considérer une inflation élevée comme normale, le retour durable à la cible de 2 % pourrait devenir plus difficile.
Le risque d’une inflation persistante donne donc davantage de poids au scénario d’une hausse.
Pourquoi le maintien du taux directeur reste possible
Les données ne pointent pas toutes dans la même direction.
Les deux mesures de l’inflation de base suivies de près par la Banque ont ralenti en septembre : l’IPC-médian est à 1,9 % et l’IPC-tronqué à 1,8 %. Hors essence, l’inflation a également diminué, passant de 2,4 % à 2,2 %.
Ces chiffres suggèrent que les pressions sur les prix ne s’intensifient pas partout. Ils donnent à la Banque une raison d’attendre avant de rendre le crédit plus coûteux.
La décision du 28 octobre dépendra donc de son appréciation de deux risques : laisser les attentes d’inflation s’installer ou freiner davantage l’économie.
La SCHL est-elle sur le bon chemin avec ses prévisions ?
La SCHL ne voit pas de hausse de taux cette année. Dans sa mise à jour de juillet, elle prévoit un taux hypothécaire fixe de 5 ans à 5,2 % en 2026, puis à 5,4 % en 2027 et à 5,5 % en 2028. Son économiste en chef a ajouté, dans des propos rapportés le 18 octobre, qu’il ne s’attend à rien en 2026 et qu’une première hausse du taux directeur pourrait venir à la fin du premier trimestre ou au début du deuxième trimestre de 2027, plus tôt que prévu. Il s’agit de premières réflexions, pas d’une prévision finale.
Une prévision reste une hypothèse de travail. En 2020, la SCHL anticipait une baisse de 9 à 18 % du prix moyen des habitations. Le marché a pris une autre direction. Même la SCHL ajuste déjà son regard : mieux vaut ne pas bâtir un financement sur une seule date ou sur un seul scénario.
Ce que disent les entreprises et les consommateurs canadiens
Qu’est-ce que cela change pour votre taux hypothécaire résidentiel ?
Taux fixes. Ils suivent le rendement des obligations du gouvernement du Canada à 5 ans, qui a beaucoup fluctué ces derniers jours. Ils bougent souvent avant la décision, parce que les marchés anticipent. Au début d’octobre, ils montaient déjà avec les rendements obligataires.
Taux variables. Ils suivent le taux préférentiel. Un maintien n’y changerait rien. Une hausse de 0,25 point du taux directeur serait transmise au taux préférentiel et se traduirait par un taux variable plus élevé.
Renouvellement. Un sondage rapporté cette semaine indique que plus du tiers des propriétaires québécois ressentent de l’anxiété à l’approche du renouvellement. Des courtiers recommandent de s’y prendre tôt et de regarder au-delà du seul taux.
En multilogement, l’enjeu dépasse le paiement hypothécaire
Pour un propriétaire d’immeuble, un coût de financement plus élevé peut avoir deux conséquences : réduire les liquidités après les paiements hypothécaires et limiter le montant qu’un prêteur accepte de financer.
La distinction est importante. Un immeuble peut conserver le même revenu net d’exploitation tout en supportant une dette moins élevée si les conditions de financement se resserrent.
Prenons un exemple simplifié : un immeuble produit les mêmes revenus et assume les mêmes dépenses d’exploitation qu’au moment de l’analyse initiale. Si le service de la dette augmente, une plus grande part de ses revenus disponibles doit servir aux paiements hypothécaires. Pour respecter les critères de couverture du prêteur, le financement accordé pourrait devoir diminuer.
À l’achat, cela peut exiger une mise de fonds supplémentaire. Au refinancement, les liquidités dégagées pourraient être moins importantes que prévu.
L’effet exact dépend du programme, de l’amortissement, du taux retenu et des exigences du prêteur. Une variation du taux directeur ne se traduit donc pas uniformément dans tous les dossiers de multilogement.
En conclusion : ce que cette incertitude change dans un dossier
À l’approche de la décision, une analyse de financement gagne à comparer le scénario actuel avec un scénario de taux plus élevé.
En multilogement, cette comparaison permet de mesurer l’effet sur le montant finançable, la mise de fonds et les liquidités après le service de la dette. Au résidentiel, elle permet surtout d’évaluer les versements et la marge de manœuvre du ménage.
Le chemin de la hausse se rapproche, mais le maintien reste possible. Un financement dont la viabilité dépend d’une seule issue mérite donc d’être réévalué avant de prendre un engagement.