Une économie canadienne sous pression
Le Canada traverse une période économique inconfortable. Après plusieurs mois marqués par l’incertitude commerciale, les droits de douane américains et le ralentissement de certains investissements, l’économie canadienne montre des signes de fragilité.
En temps normal, un tel ralentissement pourrait ouvrir la porte à une baisse du taux directeur. Le problème, c’est que l’inflation ne donne pas encore toute la marge nécessaire à la Banque du Canada.
L’énergie, les tensions géopolitiques et les droits de douane continuent de créer un environnement difficile. La Banque du Canada doit soutenir une économie qui ralentit, sans relancer une inflation qui n’est pas encore parfaitement maîtrisée.
À l’approche de la prochaine décision de la Banque du Canada, prévue le 10 juin, on se rend bien compte que le taux directeur ne risque pas de baisser. Le contexte économique canadien pourrait, en apparence, justifier un assouplissement : la croissance ralentit, l’incertitude commerciale pèse sur les entreprises et le marché immobilier demeure freiné par les enjeux d’abordabilité, mais l’inflation demeure trop présente pour permettre à la Banque du Canada de baisser son taux directeur sans prudence.
Les conséquences des tarifs sont de plus en plus perceptibles. Les conséquences de la guerre avec l’Iran sont également de plus en plus visibles avec la hausse des prix du pétrole. Mais vous le verrez dans cet article, ce conflit a aussi des conséquences directes sur les taux hypothécaires fixes.
Pour l’immobilier, la SCHL semble dire que ça va plutôt bien. Est-ce vraiment le cas?
Les États-Unis ne sont pas à l’abri
Même si l’économie américaine semble plus résiliente que celle du Canada, elle demeure confrontée à plusieurs défis. L’inflation reste élevée, les taux d’intérêt continuent de freiner certains secteurs et la Réserve fédérale hésite elle aussi à réduire rapidement ses taux.
Les États-Unis vont mieux que le Canada sur certains indicateurs, mais ils sont loin d’être sortis du bois. Cette situation demeure importante pour les Canadiens puisque les marchés obligataires, les taux fixes et même le dollar canadien réagissent largement à ce qui se passe au sud de la frontière.
Le détroit d’Ormuz ajoute de la pression sur les taux fixes
Un autre facteur complique les perspectives pour les taux hypothécaires fixes : les tensions autour du détroit d’Ormuz.
L’Iran a menacé de fermer complètement ce passage stratégique, ce qui a rapidement perturbé les marchés. Une telle menace peut faire monter le prix du pétrole, raviver les craintes d’inflation et faire vaciller les marchés obligataires.
Or, au Canada, les taux hypothécaires fixes sont fortement influencés par les rendements des obligations du gouvernement du Canada, particulièrement les obligations à cinq ans.
C’est pourquoi une crise géopolitique loin du Canada peut tout de même avoir un effet concret sur un renouvellement hypothécaire à taux fixe. Même si la Banque du Canada maintient son taux directeur, les prêteurs peuvent ajuster leurs taux fixes si les marchés obligataires exigent une prime de risque plus élevée.
Ce point est important : les emprunteurs regardent souvent seulement la décision de la Banque du Canada, alors qu’une partie importante des taux fixes se joue dans les marchés obligataires. Depuis le début du conflit iranien, les rendements des obligations à cinq ans ont augmenté de 0,35 à 0,40 point de pourcentage. Même après un cessez-le-feu de deux semaines début avril, ces rendements restent nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant le conflit. La plupart des prévisions indiquent que les rendements obligataires resteront dans une fourchette de 3,0 % à 3,5 % jusqu’en 2026, avec une tendance à la hausse.
Voilà pourquoi les événements géopolitiques peuvent parfois avoir davantage d’influence sur les taux fixes que les décisions de la Banque du Canada elle-même.
Le multilogement résiste mieux que le marché résidentiel
Le portrait immobilier n’est toutefois pas uniforme. Même si le marché résidentiel demeure freiné par l’abordabilité, l’incertitude économique et les taux élevés, le secteur du multilogement continue de montrer des signes de vigueur.
La SCHL a publié des résultats solides pour le premier trimestre de 2026. L’organisme indique notamment une hausse de 30 % des logements multilogements assurés par rapport à la même période l’an dernier. À première vue, cela peut sembler contradictoire avec le ralentissement économique actuel.
Pourtant, cette situation reflète surtout une réalité bien connue : le besoin de logements demeure important partout au pays. Malgré les taux d’intérêt, malgré les incertitudes économiques et malgré le ralentissement du marché résidentiel, plusieurs projets multilogements continuent d’aller de l’avant.
Cela ne signifie pas que le financement est facile. Les investisseurs doivent toujours composer avec des coûts de financement plus élevés, des critères de qualification exigeants et des marges parfois plus serrées. Mais cela démontre que des occasions existent encore pour les projets bien structurés.
Ce constat est toutefois difficile à concilier avec plusieurs autres données publiées récemment. D’un côté, la SCHL souligne la vigueur du financement multilogement. De l’autre, elle reconnaît elle-même que le Canada souffre toujours d’un déficit important de logements et que plusieurs contraintes freinent encore l’offre. Le marché n’est donc pas en crise partout, mais il est loin d’être aussi sain que certains indicateurs pourraient le laisser croire.
Pourquoi les taux ne baissent pas
Plusieurs emprunteurs regardent le ralentissement économique et se demandent pourquoi les taux hypothécaires ne diminuent pas.
La réponse tient à trois facteurs principaux.
L’inflation : Tant que la hausse des prix demeure au-dessus de la cible de 2 %, la Banque du Canada doit rester prudente.
Le marché obligataire : Les taux hypothécaires fixes ne suivent pas directement le taux directeur. Ils sont plutôt liés aux rendements des obligations du gouvernement du Canada à cinq ans.
L’incertitude géopolitique et commerciale : Les tensions au Moyen-Orient, les prix de l’énergie, les droits de douane américains et la fragilité des chaînes d’approvisionnement peuvent tous maintenir une pression à la hausse sur les prix.
C’est pourquoi un maintien du taux directeur ne garantit pas automatiquement une baisse des taux hypothécaires fixes.
Ce que la Banque du Canada pourrait faire le 10 juin
À ce stade, le scénario le plus probable demeure un maintien du taux directeur.
La Banque du Canada a des raisons de reconnaître le ralentissement économique, mais elle a aussi des raisons de ne pas aller trop vite avec une baisse. Une réduction de taux demeure possible plus tard en 2026 si l’inflation continue de ralentir et que l’économie s’essouffle davantage.
Mais pour l’instant, les marchés semblent davantage anticiper une longue période d’attentisme qu’un cycle rapide de baisses, comme nous l’avions déjà anticipé dans notre article de début d’année sur les prévisions hypothécaires 2026.
Ce que ça signifie pour votre hypothèque
Pour les propriétaires en renouvellement, la situation demande une analyse réaliste. Attendre une baisse peut parfois être avantageux, mais cela peut aussi créer un risque si les taux fixes remontent ou si les conditions de financement se resserrent.
Pour les acheteurs, il faut calculer la capacité d’emprunt avec les taux actuels, et non avec les taux que l’on aimerait voir apparaître dans quelques mois.
Pour les investisseurs immobiliers, la prudence est encore plus importante. Une légère variation de taux peut modifier la rentabilité d’un immeuble, surtout lorsque les marges sont déjà serrées.
Dans tous les cas, il faut comparer les options et évaluer plusieurs scénarios avant de prendre une décision.
Conclusion : planifier plutôt qu’espérer
À quelques jours de la décision de la Banque du Canada, tout indique que le taux directeur demeurera inchangé.
Le problème n’est plus seulement canadien. Les tensions géopolitiques, les risques inflationnistes, les marchés obligataires et les incertitudes économiques mondiales influencent désormais les taux hypothécaires autant, sinon davantage, que les décisions de la Banque du Canada elle-même.
Pour les propriétaires, les acheteurs et les investisseurs immobiliers, le plus grand risque n’est peut-être pas de payer un taux légèrement plus élevé que prévu, mais de bâtir toute sa stratégie sur un scénario de baisse qui pourrait ne jamais se produire.
Dans ce contexte, le meilleur réflexe demeure de planifier avec les données actuelles et de comparer les différentes options de financement disponibles.
Chez Performance Hypothécaire, nous continuons de surveiller l’évolution des marchés afin d’aider nos clients à prendre des décisions éclairées, peu importe la direction que prendront les taux au cours des prochains mois.