La prochaine décision de la Banque du Canada est prévue le 15 juillet 2026. À deux semaines de cette annonce, le scénario le plus probable demeure un maintien du taux directeur à 2,25 %. La Banque du Canada a déjà maintenu son taux à ce niveau le 10 juin, et cette prochaine décision sera accompagnée d’un nouveau Rapport sur la politique monétaire.
La question n’est donc pas seulement de savoir si la Banque baissera ou non son taux. L’enjeu est surtout de comprendre pourquoi elle pourrait décider d’attendre encore, malgré les pressions sur les ménages, les emprunteurs et le marché immobilier.
En ce moment, la Banque du Canada doit composer avec trois forces contradictoires : une inflation qui reste trop élevée, une économie qui vient de montrer des signes de rebond et une incertitude commerciale plus lourde depuis le refus américain de renouveler le CUSMA dans sa forme actuelle.
L’inflation limite la marge de manœuvre
Le principal obstacle à une baisse rapide demeure l’inflation. En mai 2026, l’inflation totale au Canada a atteint 3,2 %, ce qui dépasse la zone de contrôle de la Banque du Canada, située entre 1 % et 3 %. Cette remontée est notamment liée à la hausse des prix de l’énergie, dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
C’est un point important. Même si une partie de cette inflation vient de facteurs externes, la Banque du Canada doit éviter que la hausse des prix de l’énergie se transmette plus largement à l’économie. Une baisse de taux dans ce contexte pourrait envoyer un signal trop accommodant, surtout si l’inflation demeure au-dessus de la cible.
Dans le résumé de ses délibérations de juin, la Banque indiquait qu’il y avait encore peu de signes d’une transmission généralisée des prix de l’énergie aux autres prix. Mais elle reconnaissait aussi que les risques pouvaient changer rapidement et que la politique monétaire devait rester flexible.
Autrement dit, l’inflation actuelle ne force pas nécessairement la Banque à hausser son taux. Par contre, elle rend une baisse beaucoup plus difficile à justifier à court terme.
Le rebond économique réduit l’urgence de baisser les taux
Un autre élément vient renforcer le scénario d’un maintien : l’économie canadienne a rebondi plus fortement que prévu en avril.
Selon les données de Statistique Canada rapportées par Canadian Mortgage Professional, le PIB réel du Canada a progressé de 0,5 % en avril, sa plus forte croissance mensuelle depuis juillet 2025. Cette progression dépasse l’estimation préliminaire de 0,4 %. Le rebond a été soutenu par plusieurs secteurs, dont le pétrole, la construction, le transport, la fabrication et l’immobilier.
La construction a notamment progressé de 0,7 %, sa première hausse en cinq mois. Les bureaux d’agents et de courtiers immobiliers ont aussi connu une reprise, stimulée entre autres par une amélioration des ventes résidentielles dans certains marchés.
Pour la Banque du Canada, ce type de donnée change la lecture de la situation. Si l’économie avait continué de s’affaiblir clairement après le premier trimestre, une baisse aurait pu devenir plus facile à défendre. Mais un rebond économique, même fragile, donne à la Banque plus de marge pour patienter.
Cela ne signifie pas que l’économie canadienne est sortie de sa zone de vulnérabilité. L’estimation préliminaire pour mai pointe vers une croissance beaucoup plus modeste. Mais à court terme, le rebond d’avril réduit l’urgence d’un nouvel assouplissement monétaire.
Le CUSMA ajoute un risque pour la suite de l’année
Le portrait devient toutefois plus complexe avec l’incertitude entourant le CUSMA.
Selon Canadian Mortgage Professional, les États-Unis ont refusé de renouveler l’accord Canada–États-Unis–Mexique dans sa forme actuelle. L’accord ne disparaît pas immédiatement, mais cette décision ouvre plutôt une période de révisions annuelles qui pourrait prolonger l’incertitude commerciale pendant plusieurs années.
Pour le Canada, ce n’est pas un détail secondaire. Le CUSMA encadre une partie importante des échanges nord-américains. Une période prolongée d’incertitude peut rendre certaines entreprises plus prudentes dans leurs investissements, leurs embauches et leurs décisions d’expansion.
Cette incertitude peut aussi toucher le marché hypothécaire indirectement. Si les perspectives économiques deviennent moins prévisibles, les marchés obligataires peuvent exiger une prime de risque plus élevée. Or, les taux hypothécaires fixes sont fortement influencés par les rendements obligataires, particulièrement ceux des obligations du gouvernement du Canada à cinq ans.
C’est pourquoi le CUSMA ne doit pas être vu comme une raison immédiate de baisser les taux le 15 juillet. Il faut plutôt le voir comme un risque qui pourrait peser sur l’économie au cours des prochains mois. Si cette incertitude commerciale finit par ralentir l’investissement, l’emploi ou la confiance des ménages, elle pourrait devenir un argument plus important pour une baisse plus tard en 2026.
Les taux fixes ne suivent pas seulement la Banque du Canada
Pour les emprunteurs, il est essentiel de rappeler que le taux directeur influence surtout les taux variables et les marges de crédit. Les taux fixes, eux, réagissent davantage aux marchés obligataires.
C’est ce qui rend le contexte actuel plus délicat. Même si la Banque du Canada maintient son taux directeur, les taux fixes peuvent rester élevés si les marchés craignent une inflation persistante, une hausse du pétrole ou une incertitude commerciale prolongée.
À l’inverse, si les marchés commencent à anticiper un ralentissement économique plus marqué, les rendements obligataires pourraient diminuer, ce qui pourrait éventuellement ouvrir la porte à des taux fixes plus avantageux. Mais pour l’instant, les signaux sont trop mélangés pour conclure à une baisse rapide et généralisée.
Prévision pour le 15 juillet : maintien très probable à 2,25 %
À ce stade, notre prévision est que la Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur à 2,25 % le 15 juillet 2026.
Une baisse semble difficile à justifier immédiatement. L’inflation est trop élevée, le rebond économique d’avril donne à la Banque une raison d’attendre et l’incertitude liée au CUSMA n’a pas encore produit assez d’effets mesurables pour forcer un changement de cap.
Le scénario le plus probable est donc un maintien accompagné d’un discours prudent. La Banque pourrait reconnaître que l’économie canadienne a mieux résisté qu’anticipé au printemps, tout en rappelant que les risques demeurent élevés : inflation, énergie, tensions commerciales et incertitude mondiale.
En clair, le 15 juillet pourrait moins porter sur le taux lui-même que sur le message. La Banque du Canada voudra probablement garder ses options ouvertes. Elle pourrait attendre avant de baisser, tout en se réservant la possibilité d’intervenir plus tard si l’économie ralentit davantage.
Ce que les emprunteurs doivent retenir
Pour les détenteurs d’un taux variable, un maintien du taux directeur signifierait probablement peu de changement immédiat. Les paiements liés au taux préférentiel demeureraient relativement stables, sauf ajustement propre à certains prêteurs.
Pour les emprunteurs qui renouvellent leur hypothèque ou qui préparent un achat, la situation demande toutefois une analyse plus fine. Le choix entre un taux fixe et un taux variable ne devrait pas seulement dépendre de la prochaine décision de la Banque du Canada. Il faut aussi tenir compte de la tolérance au risque, de l’horizon du projet, du type de propriété, de la capacité de paiement et de l’évolution possible des marchés obligataires.
Dans le contexte actuel, attendre une baisse automatique des taux pourrait être risqué. La Banque du Canada semble avoir plus de raisons de patienter que de bouger rapidement. Pour les emprunteurs, cela signifie qu’il faut planifier avec prudence, comparer les options disponibles et éviter de baser une décision importante sur une seule annonce de taux.
La prochaine décision ne sera peut-être pas spectaculaire. Mais elle pourrait confirmer une tendance importante : la période des baisses faciles est probablement derrière nous, du moins pour l’instant.