En janvier, notre article phare de prévisions annonçait qu’il n’y aurait aucune baisse du taux directeur en 2026. Six mois plus tard, le constat est encore plus net que prévu : non seulement aucune baisse n’est survenue, mais le débat chez les économistes ne porte plus sur la possibilité d’une baisse. Il porte sur le moment de la première hausse.
Comme toujours, l’objectif de cet exercice n’est pas de viser juste au dixième de point près. Il est de prendre conscience de ce qui s’en vient. Notre méthode reste la même : nous analysons les prévisions de la majorité des économistes qui suivent le sujet, nous évaluons leurs succès et leurs écarts, puis nous nous faisons notre propre lecture en la combinant à notre expérience terrain.
Voici notre mise à jour de mi-année.
Constats de mi-année
- Le 15 juillet 2026, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième fois consécutive
- Aucune des six grandes banques canadiennes ne prévoit une baisse du taux directeur d’ici la fin de 2027
- Quatre des six grandes banques prévoient maintenant des hausses; les deux autres prévoient le statu quo
- L’inflation a atteint un sommet de 3,2 % en mai avant de redescendre à 2,8 % en juin, poussée par les prix du pétrole liés à la guerre au Moyen-Orient
- L’économie canadienne a renoué avec la croissance au deuxième trimestre, à un rythme estimé à 2,5 %
- Les taux fixes 5 ans se situent autour de 4,10 % et les taux variables autour de 3,45 %, avec un taux préférentiel à 4,45 %
- La probabilité d’une hausse d’ici décembre est estimée à environ 15 %, contre 5 % pour une baisse, selon Dan Eisner de True North Mortgage
- La prochaine décision de la Banque du Canada aura lieu le 2 septembre 2026
- Notre lecture : les probabilités d’une hausse du taux directeur sont désormais plus fortes que celles d’une baisse
L’inflation a culminé à 3,2 % en mai avant de ralentir à 2,8 % en juin
Le choc pétrolier provoqué par la guerre au Moyen-Orient a fait grimper l’inflation canadienne à 3,2 % en mai, bien au-dessus de la cible de 2 % et même au-dessus du sommet de 3 % que projetait la Banque du Canada. Les données de juin, publiées le 20 juillet par Statistique Canada, montrent un ralentissement à 2,8 %, la progression des prix de l’essence ayant été moins forte qu’en mai.
Deux nuances importantes pour bien lire ces chiffres. D’abord, en excluant l’essence, l’inflation s’établissait à 2,2 % en mai, et les mesures de l’inflation fondamentale suivies par la Banque du Canada demeurent près de 2 % (IPC médian à 2,1 %, IPC tronqué à 2,0 %), à leurs plus bas niveaux en plus de cinq ans. Ensuite, la Banque prévoit que l’inflation redescendra graduellement pour retourner autour de 2 % au début de 2027, sous réserve de la trajectoire des prix du pétrole.
Autrement dit, la poussée actuelle est surtout énergétique. Mais c’est précisément ce genre de poussée qui, si elle se propage aux salaires et aux attentes d’inflation, force une banque centrale à resserrer. Les prix du baril demeurent d’ailleurs environ 10 $ US au-dessus des hypothèses du Rapport sur la politique monétaire d’avril, un écart qui commence à se diffuser aux coûts de transport et de production. L’enquête de la Banque du Canada auprès des entreprises au deuxième trimestre montre d’ailleurs que la guerre a déjà fait remonter les attentes d’inflation à court terme.
Le 15 juillet, la Banque du Canada a confirmé la pause, mais le ton a changé
En maintenant son taux à 2,25 %, la Banque du Canada a livré un message plus optimiste qu’en avril : la croissance se redresse, les moteurs de l’économie se diversifient et les dépenses de consommation restent solides. Elle estime que le PIB a progressé d’environ 2,5 % au deuxième trimestre, après un début d’année décevant. Les données mensuelles d’avril (+0,5 %) ont écarté le scénario d’une contraction technique. « La combinaison d’un ralentissement économique et d’une montée de l’inflation pose un dilemme pour la politique monétaire », résumait le gouverneur Tiff Macklem en juin. Le taux de chômage s’est établi à 6,5 % en juin et oscille entre 6,5 % et 7 % depuis la fin de 2024, signe que des capacités excédentaires subsistent.
Le Conseil de direction juge que le niveau actuel du taux « demeure approprié pour soutenir la reprise économique et ramener l’inflation à la cible de 2 % ». Aucun signal de baisse. La Banque se dit prête à ajuster sa politique « selon les besoins », dans un contexte où l’incertitude reste élevée.
Les prévisions des grandes banques à mi-2026 : le vent a tourné vers les hausses
En janvier, deux banques sur six prévoyaient des hausses. À la mi-juillet, elles sont quatre. Et surtout, aucune ne prévoit de baisse.
| Institution | Prochain mouvement prévu | Taux directeur prévu |
|---|---|---|
| Banque Scotia | Hausse dès le 4e trimestre 2026 | 2,75 % en décembre 2026, 3,00 % début 2027 |
| Banque Nationale | Hausse en 2027 | Au-dessus de 2,25 % en 2027 |
| RBC | Hausses graduelles | 3,25 % fin 2027 |
| CIBC | Hausse en 2027 | Au-dessus de 2,25 % en 2027 |
| TD | Aucun | 2,25 % jusqu’à fin 2027 |
| BMO | Aucun | 2,25 % jusqu’à fin 2027 |
La Banque Scotia prévoit deux hausses avant la fin de 2026 pour terminer l’année à 2,75 %
La Scotia est la plus agressive. Son économiste Derek Holt estime que le Canada sort de son « creux d’inflation hivernal » : dollar canadien plus faible, coûts des intrants élevés et mesures fondamentales à court terme plus fermes pointent vers des risques à la hausse, malgré le recul des prix du pétrole. La Scotia anticipe deux hausses de 25 points de base avant la fin de l’année, puis une troisième au début de 2027, ce qui porterait le taux directeur à 3,00 %.
RBC prévoit un cycle de hausses graduelles jusqu’à 3,25 % fin 2027
RBC ne voit pas d’urgence, mais projette le point d’arrivée le plus élevé des six grandes banques : un taux directeur à 3,25 % à la fin de 2027, à mesure que la politique monétaire retourne vers un niveau neutre.
La Banque Nationale et la CIBC voient les premières hausses en 2027
La Nationale, qui figurait déjà parmi les premières à évoquer une hausse dans nos prévisions de janvier, maintient un scénario de resserrement, tout comme la CIBC qui a rejoint le camp des hausses. TD et BMO, de leur côté, prévoient un long statu quo à 2,25 % jusqu’à la fin de 2027. Chez BMO, l’économiste Benjamin Reitzes résume bien la situation : la barre est haute pour un mouvement dans les deux directions, mais l’amélioration récente des données enlève toute raison de baisser les taux.
Le calcul est simple. Sur six institutions, quatre prévoient des hausses, deux prévoient la stabilité, zéro prévoit une baisse. C’est la base de notre prédiction de mi-année.
Les États-Unis et le Moyen-Orient : les deux variables qui peuvent tout accélérer
L’incertitude géopolitique reste le facteur dominant. La guerre au Moyen-Orient continue d’influencer les prix du pétrole, même s’ils ont reculé de leur sommet d’avril grâce aux progrès des négociations. La trajectoire de l’inflation mondiale, et donc celle des taux, dépendra grandement de l’évolution du conflit.
Aux États-Unis, l’économie croît d’environ 2,5 %, portée par la consommation et les investissements massifs en intelligence artificielle. Sous la présidence de Kevin Warsh, la Réserve fédérale maintient son taux entre 3,50 % et 3,75 %, et les marchés évaluent même une probabilité significative d’une hausse cet été. L’écart avec le taux canadien dépasse maintenant un point de pourcentage, une zone qui exerce une pression dépréciative sur le dollar canadien. Un huard plus faible renchérit le coût des importations américaines et importe de l’inflation, un argument de plus dans le camp des hausses. S’ajoute le refus américain, le 1er juillet, de renouveler l’Accord Canada-États-Unis-Mexique pour 16 ans, le faisant basculer vers un régime d’examen annuel qui maintient une couche d’incertitude commerciale permanente et paralyse une partie des décisions d’investissement des entreprises.
Est-ce que le taux directeur va baisser d’ici la fin de 2026 ?
Non. Aucune grande banque canadienne ne prévoit de baisse d’ici la fin de 2027. L’économie renoue avec la croissance, l’inflation vient de culminer au-dessus de 3 % et la Banque du Canada qualifie son taux actuel d’approprié. Il faudrait un choc économique majeur, comme une récession provoquée par une escalade géopolitique, pour remettre une baisse sur la table.
Est-ce que le taux directeur va augmenter d’ici la fin de 2026 ?
C’est maintenant le scénario le plus probable après le statu quo, et c’est le sens de notre prédiction de mi-année : les probabilités d’une hausse sont plus fortes que celles d’une baisse. Dan Eisner, de True North Mortgage, chiffre l’exercice : environ 15 % de probabilité d’une hausse d’ici décembre, contre 5 % pour une baisse. « Le risque est que la Banque pourrait sentir qu’elle doit augmenter les taux si les prix du pétrole restent à ces niveaux », prévient aussi Doug Porter, économiste en chef de BMO Marchés des capitaux. La Scotia voit la première hausse dès le quatrième trimestre de 2026. Si l’inflation énergétique se propage au reste du panier de consommation ou si la reprise s’accélère au-delà des attentes, la Banque du Canada retirera une partie de sa stimulation monétaire. Le prochain mouvement sera vers le haut; la seule vraie question est de savoir s’il survient fin 2026 ou en 2027.
Ce qui pourrait retarder la hausse
Par honnêteté intellectuelle, rappelons les freins. La Banque du Canada décrit toujours l’économie comme étant en situation d’offre excédentaire, ce qui exerce une pression désinflationniste de fond. La qualité de l’emploi inquiète aussi : la création nette de 18 000 postes en juin repose surtout sur le temps partiel, pendant que le secteur manufacturier montre des signes de faiblesse. Et l’incertitude entourant l’examen annuel de l’ACEUM freine l’investissement des entreprises.
Ces éléments ne militent toutefois pas pour une baisse : ils militent pour un statu quo prolongé. Comme le rappelle l’analyste hypothécaire Rob McLister, « les taux sont parfaitement capables de rester immobiles pendant des années, comme ce fut le cas de 2010 à 2014 ». Entre les trois scénarios, la baisse demeure le moins probable.
Et au Québec ?
L’inflation québécoise demeure plus élevée que la moyenne canadienne : 3,2 % en juin contre 2,8 % au pays. Les ménages québécois ressentent davantage la poussée énergétique et les coûts liés au logement.
Le marché du travail québécois, lui, fait mieux que le reste du pays : le taux de chômage s’établit à 5,4 % en juin, l’un des plus bas au Canada, et à 5,9 % à Montréal. Les retombées de la Coupe du monde de la FIFA, concentrées au Québec et en Ontario, ont soutenu l’hébergement et la restauration malgré la morosité du secteur manufacturier. Une économie locale qui tourne à ce régime ne plaide pas pour une baisse de taux.
Sur le marché immobilier, les tendances identifiées en janvier se confirment : la demande demeure soutenue, l’offre reste limitée dans plusieurs régions et les prix continuent de progresser. Le taux de base suggéré par le Tribunal administratif du logement pour 2026, fixé à 3,1 %, encadre les renouvellements de baux, mais la pression sur les loyers demeure réelle dans les marchés en croissance. Pour le multilogement, les fondamentaux structurels restent intacts : la construction locative domine les mises en chantier, et le déficit de logements ne se comblera pas d’ici 2030.
Quoi faire avec votre hypothèque en deuxième moitié de 2026 ?
– Acheter : le calcul n’a pas changé, attendre coûte cher
Ceux qui attendaient une baisse de taux pour acheter attendent maintenant depuis plus d’un an, pendant que les prix ont continué de monter. Avec un scénario de taux stable ou en légère hausse, le facteur déterminant demeure le prix et la disponibilité des propriétés, pas le financement. Sécuriser une propriété tôt, avec une stratégie de financement bien structurée, reste plus avantageux que de miser sur une détente qui ne viendra pas.
– Renouveler : le choc de paiement est réel, mais il se planifie
Les emprunteurs qui renouvellent en 2026 arrivent au terme de contrats signés dans l’environnement de 2021. L’ampleur est documentée : environ 33 % des titulaires d’un prêt hypothécaire feront face à une hausse de leurs versements d’ici la fin de 2026. Parmi eux, 75 % détiennent des termes fixes de 5 ans et devront absorber une augmentation moyenne de leurs versements d’environ 20 %.
La nuance de mi-année : si le prochain mouvement du taux directeur est une hausse, le taux variable comporte désormais un risque à la hausse à court terme, même s’il s’affiche aujourd’hui autour de 3,45 % contre environ 4,10 % pour le fixe 5 ans. Un terme fixe de 2 ou 3 ans peut offrir un bon équilibre : versements stabilisés maintenant, flexibilité pour renégocier si un cycle de baisse s’amorce en 2027 ou 2028. La décision dépend de votre tolérance au risque et mérite une analyse personnalisée.
– Refinancer : la fenêtre est encore ouverte
Si un refinancement fait partie de vos plans, que ce soit pour consolider des dettes, financer des rénovations ou dégager du capital pour un projet, les conditions actuelles sont encore favorables. Si la Scotia a raison et que les hausses commencent au quatrième trimestre, agir avant l’automne permet de verrouiller les conditions d’aujourd’hui.
– Investir en multilogement : structurer pour un monde où les taux ne baissent plus
Notre message de janvier tient toujours : la qualité du projet prime sur le contexte macroéconomique. La mise à jour de mi-année ajoute une consigne : analysez vos projets avec des scénarios de taux à 2,75 % et 3,00 %, pas seulement au taux actuel. Un projet dont le RNE soutient le financement dans ces scénarios est un projet solide. Les occasions existent, mais 2026 demeure une année d’exécution et de discipline, pas d’euphorie.
Conclusion
À mi-année, notre prédiction de janvier se confirme et se précise. Il n’y aura pas de baisse du taux directeur en 2026, et le balancier des probabilités penche désormais vers une hausse, possiblement dès le quatrième trimestre selon la Scotia, plus probablement en 2027 selon le consensus. Pour les emprunteurs, cela change la nature des décisions : il ne s’agit plus d’attendre un meilleur taux, mais de structurer son financement pour un environnement où les taux ne redescendront pas.
Chez Performance Hypothécaire, notre rôle est précisément de vous accompagner dans cette réflexion, que ce soit pour acheter, renouveler, refinancer ou investir. Parlons-en avant la décision du 2 septembre.