La Banque du Canada a annoncé aujourd’hui qu’elle maintient son taux directeur à 2,25 %. C’est une décision qui n’a surpris personne et qui suit le cours de nos prévisions de début d’année. Elle confirme surtout une chose : la Banque du Canada n’est pas pressée de baisser les taux. Dans le contexte actuel, elle préfère attendre, observer et garder une marge de manœuvre.
Pour les emprunteurs, les propriétaires et les investisseurs immobiliers, le message est important : la stabilité du taux directeur ne veut pas dire que les conditions de financement vont nécessairement s’améliorer rapidement.
Pourquoi la Banque du Canada n’a pas baissé son taux
La Banque du Canada doit composer avec deux forces opposées.
D’un côté, l’économie canadienne montre des signes de ralentissement. La croissance demeure modérée, le marché du travail est plus souple et le marché immobilier reste freiné par l’abordabilité, l’incertitude économique et la faible croissance démographique. Dans ses prévisions d’avril, la Banque prévoit une croissance du PIB canadien de 1,2 % en 2026, puis de 1,6 % en 2027 et 1,7 % en 2028.
De l’autre côté, l’inflation n’est pas encore complètement réglée. L’inflation mesurée par l’IPC a atteint 2,4 % en mars et pourrait grimper autour de 3 % en avril, principalement en raison de la hausse des prix de l’énergie.
L’objectif de la Banque demeure clair : ramener l’inflation autour de 2 %. Elle ne veut donc pas agir trop vite si les risques géopolitiques ou commerciaux font remonter les prix.
Le conflit au Moyen-Orient change la lecture des taux
Le maintien du taux directeur ne peut pas être analysé seulement à partir de l’économie canadienne. La Banque du Canada mentionne clairement que le conflit au Moyen-Orient augmente la volatilité des prix de l’énergie et des marchés financiers. Elle surveille aussi les effets des droits de douane américains et de l’incertitude commerciale.
C’est ici que la situation devient plus délicate pour les emprunteurs.
Si le prix du pétrole reste élevé, l’inflation pourrait se maintenir plus longtemps. Dans ce cas, la Banque du Canada aurait moins de marge pour baisser ses taux. Dans un scénario plus tendu, elle pourrait même devoir resserrer sa politique monétaire si les prix de l’énergie se transformaient en inflation plus généralisée.
À l’inverse, si l’économie ralentit trop fortement à cause de la guerre commerciale, de la baisse des investissements ou d’un recul de la consommation, la Banque pourrait être forcée de baisser son taux pour soutenir l’économie.
Mais pour l’instant, son message est prudent : le taux actuel semble approprié.
Les baisses de taux ne sont pas garanties en 2026
Plusieurs emprunteurs espéraient encore des baisses de taux en 2026. La décision d’aujourd’hui refroidit cette attente.
Certains économistes estiment que la Banque du Canada pourrait rester en pause pour une longue période, possiblement jusqu’en 2027, si l’économie évolue près du scénario de base.
C’est exactement le point à retenir pour les investisseurs immobiliers : il ne faut pas bâtir une stratégie uniquement sur l’hypothèse d’une baisse prochaine des taux.
Les taux variables pourraient rester relativement stables si le taux directeur ne bouge pas. Par contre, les taux fixes ne dépendent pas directement du taux directeur. Ils sont influencés par le marché obligataire, les attentes d’inflation, le risque mondial et le coût de financement des prêteurs.
C’est pourquoi il est possible de voir des taux fixes bouger même lorsque la Banque du Canada ne touche pas à son taux directeur.
Ce que ça signifie pour les emprunteurs et investisseurs immobiliers
Pour un investisseur immobilier, la décision d’aujourd’hui n’est pas une mauvaise nouvelle. La stabilité permet de mieux planifier. Mais elle ne doit pas être interprétée comme un signal d’attente passive.
Le vrai enjeu n’est pas seulement de savoir si la Banque du Canada baissera son taux en juin, en juillet ou plus tard. Le vrai enjeu est de savoir quoi faire maintenant selon le type d’hypothèque et l’objectif de financement.
Taux variables
Pour un propriétaire ou un investisseur déjà en taux variable, il faut d’abord vérifier si le paiement actuel absorbe encore correctement le coût du financement. Si le taux directeur reste stable plus longtemps, l’économie réalisée par une baisse rapide pourrait ne jamais arriver. Il faut donc valider le paiement, le flux de trésorerie, la marge de sécurité et la pertinence de convertir une partie ou la totalité du prêt en taux fixe si le dossier devient trop sensible aux variations futures.
Taux fixes
Pour une hypothèque à taux fixe, l’action à poser est différente. Le taux directeur n’est pas le seul facteur à surveiller. Les taux fixes suivent davantage le marché obligataire. Si les obligations remontent à cause de l’inflation, du pétrole ou du risque mondial, les taux fixes peuvent augmenter même si la Banque du Canada ne bouge pas. Il devient donc important de comparer les termes disponibles, d’évaluer le coût de se protéger plus longtemps et de ne pas présumer que le prochain renouvellement sera automatiquement plus avantageux.
Renouvellement hypothécaire
Pour un dossier en renouvellement dans les 6 à 18 prochains mois, il faut commencer les scénarios plus tôt. Attendre la dernière minute peut réduire les options. Il faut comparer le taux proposé par l’institution actuelle avec d’autres prêteurs, vérifier les pénalités, revoir l’amortissement, mesurer l’impact sur le ratio de couverture de la dette et évaluer si le renouvellement peut devenir une occasion de restructurer le financement.
Refinancement hypothécaire
Pour un propriétaire qui envisage un refinancement, la priorité est de vérifier si l’équité disponible peut être utilisée sans fragiliser l’immeuble. Dans un contexte où les taux ne baissent pas rapidement, il faut s’assurer que le refinancement sert un objectif clair : consolider des dettes coûteuses, préparer un autre achat, financer des travaux rentables ou améliorer la structure globale du portefeuille.
Nouvel achat d’une propriété
Pour un investisseur qui prépare un nouvel achat, la question n’est pas seulement de trouver le meilleur taux. Il faut tester le projet avec un taux réaliste, prévoir une marge si les conditions se resserrent et s’assurer que les revenus de l’immeuble peuvent supporter le financement. Un achat qui fonctionne seulement avec une baisse prochaine des taux est un achat plus fragile.
Cette révision est d’autant plus importante que les risques sont plus nombreux :
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- inflation encore fragile;
- conflit au Moyen-Orient;
- volatilité des prix de l’énergie;
- incertitude commerciale avec les États-Unis;
- pression persistante sur l’abordabilité;
- prudence accrue des prêteurs.
Le marché de la construction est en baisse contrairement au prévisions de la SCHL
La crise de la construction au Canada s’aggrave et plusieurs constructeurs font face à une baisse de confiance, à un ralentissement de la demande et à des mises à pied.
Pour les investisseurs en multilogement, cela peut créer un paradoxe. À court terme, les coûts, les délais et le financement demeurent plus complexes. À moyen terme, une faiblesse persistante de la construction peut maintenir une pression sur l’offre de logements.
Autrement dit, le marché ne devient pas nécessairement plus simple, mais il peut devenir plus stratégique pour ceux qui sont bien accompagnés.
Planifier au lieu d’attendre
La conclusion n’est pas d’attendre que les taux baissent.
La conclusion est plutôt de planifier ses investissements avec prudence, en tenant compte du fait que le risque d’une hausse ou d’un maintien prolongé des taux semble aujourd’hui plus important que la possibilité d’une baisse rapide.
Dans ce contexte, une bonne stratégie hypothécaire doit tenir compte de plusieurs scénarios :
- Que se passe-t-il si les taux restent stables plus longtemps que prévu?
- Que se passe-t-il si les taux fixes remontent à cause des obligations?
- Que se passe-t-il si les revenus de l’immeuble ne progressent pas aussi vite que les dépenses?
- Que se passe-t-il au renouvellement?
- Est-ce que la structure actuelle laisse assez de flexibilité pour refinancer, acheter ou consolider?
Ces questions sont particulièrement importantes pour les investisseurs immobiliers, parce qu’une variation de taux peut avoir un impact direct sur la rentabilité, le ratio de couverture de la dette et la capacité d’obtenir du financement pour un prochain projet.
Lourde tâche pour le prochain président de la réserve Fédéral (FED) tempérer l’inflation et Trump
Le futur président de la Fed, Kevin Warsh, est connu comme un faucon de l’inflation, ce qui rend les baisses de taux plus difficiles à concrétiser.
La hausse du prix du pétrole et la résurgence de l’inflation pourraient maintenir les coûts d’emprunt élevés, freinant les projets immobiliers.
Selon l’enquête CNBC, seulement 58 % des économistes américains prévoient une quelconque réduction des taux cette année. – Le taux des fonds fédéraux pourrait descendre à ≈ 3,5 %, soit seulement 0,14 % de moins que le niveau actuel.
Une décision stable, mais un environnement instable
La Banque du Canada n’a pas bougé son taux directeur aujourd’hui. C’est une décision de stabilité.
Mais l’environnement, lui, demeure instable.
Pour les propriétaires, les acheteurs et les investisseurs, le bon réflexe n’est pas de parier sur une baisse prochaine. Le bon réflexe est de revoir sa stratégie de financement, d’évaluer ses renouvellements à venir et de comparer les options selon sa situation réelle.
Chez Performance Hypothécaire, c’est précisément dans ce genre de contexte que l’accompagnement prend toute son importance. Les taux ne sont qu’une partie de l’équation. La structure du financement, le choix du terme, le type de produit, la relation avec les prêteurs et la vision à moyen terme peuvent faire une différence majeure.
La Banque du Canada attend. Les investisseurs, eux, devraient planifier.
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